1. Le 6 février 1934 et le réflexe antifasciste

Pour répondre à ce double objectif, l’Union anarchiste publie dès le 11 février, un numéro spécial du Libertaire « diffusé à plusieurs milliers d’exemplaires » [1]. La rédaction multiplie les appels à l’unité de la classe ouvrière qui constitue à ses yeux le seul rempart contre le fascisme. Elle s’associe aux mots d’ordres de la C.G.T. en invitant ses lecteurs à participer à la grève générale du lendemain. Le 6 février 1934 n’avait été qu’un échec relatif pour les ligues qui avaient obtenu la démission de Daladier. Mais l’agitation d’extrême droite, en provoquant la réaction des organisations de gauche, préparait la constitution du rassemblement populaire. « La riposte ouvrière répondit largement aux espérances de ses initiateurs puisqu’elle rassembla sur le Cours Vincennes plus d’un million de manifestants ». [2]

En participant directement à la préparation de cette manifestation aux côtés de syndicats réformistes et de partis politiques, l’U.A.C.R. ne redoutait pas de perdre sa spécificité. Nicolas Faucier commentait, avec franchise, cette alliance de circonstance :

Pour nous, il s’agissait de parer au danger le plus proche et, si ceux avec qui nous nous étions alliés à ce moment-là devenaient à leur tour un danger, nous nous retournions contre eux. [3]

Ce point de vue confirme la déclaration de René Frémont au congrès d’Orléans : « Il nous faut aller à la lutte en gardant nos points de vue, notre idéologie, et bien montrer que notre but n’est pas la défense de la démocratie bourgeoise ». [4] La lecture du Libertaire révèle également les intentions des responsables de l’Union anarchiste. L’insistance avec laquelle ils invoquent la cohésion de la classe ouvrière, traduit leur aspiration à la réunification du mouvement syndical. En effet, seule l’éventualité d’une fusion entre la C.G.T. et la C.G.T.U. peut donner aux militants de l’U.A. l’espoir d’un regain d’influence. Mais sans attendre le bon vouloir des syndicalistes, le 6 février 1934 va avoir dans l’immédiat des répercussions concrètes sur le mouvement anarchiste français.

[1] Le Libertaire, n°410, 11 février 1934.

[2] Nicolas Faucier, Dans la mêlée sociale. Itinéraire d’un anarcho-syndicaliste, op. cit., p. 102.

[3] Nicolas Faucier et Paul Lapeyre, « Nous l’avons tant aimé la révolution », Les Œillets Rouges, n°2, mars 1987, p. 85-98.

[4] Le Libertaire, n°403, 28 juillet 1933.