Le Libertaire (1917-1956) > Catalogue des articles > 4 janvier 1952

Billet surréaliste

Bas les masques, bas les pattes

Voici donc Alfred Jarry sacré, de par l’autorité de MM. Charbonnier et Trutat, protégés par la soutane d’un R.P., « un de nos plus grands poètes chrétiens ». La protestation élevée par l’un d’entre nous (Arts du 21-12-51) contre l’émission « Bonjour, M. Jarry » que diffusait, le 5-12, la Chaîne nationale vient de contraindre ces individus à se démasquer complètement, en réitérant par écrit leurs allégations mensongères.

Nous enregistrons leurs affirmations comme autant d’aveux de la sale besogne à laquelle ils se livrent en essayant de vider de son contenu subversif une œuvre comme celle de Jarry, qui met en péril les assises intellectuelles et sensibles du système répressif qu’on nous impose ; en tentant de retourner contre la pensée même qui anime cette œuvre son non-conformisme absolu et de la faire servir, rendue méconnaissable par l’ignoble cuisine qui diffère si peu de celle de la police, à l’édification la plus conformiste.

Il resterait à savoir si ces procédés diffamatoires sont connus dans tous leurs détails par des directeurs de chaîne ou de programme qui ne désirent sans doute pas couvrir de leur autorité les faux et usages de faux commis par de petits arrivistes.

Face au détournement et à l’avilissement systématiques de toutes les valeurs qui sont la négation de cette société, il est urgent de poser la question du droit de réponse radiophonique. Existe-t-il, oui ou non, un droit de réponse à la radio ? S’il en existe un, nous réclamons qu’une émission, autant que possible de même durée, à la même heure, sur la même chaîne, soit consacrée à la diffusion de textes de Jarry non truqués, non commentés, non bruités au clairon. Ce qu’offre au lecteur n’importe quelle anthologie honnête, il ne semble pas outrancier de l’attendre de la radio. Nous réclamerions, de même, que justice soit rendue à tous ceux dont nous tenons nos meilleures raisons d’être, au cas où des chiens se mêleraient de les malmener à l’abri des murs insonorisés des studios.

Nous mettons solennellement au défi les Trutat, Charbonnier et consorts de perpétrer leurs exploits en séance publique.

Jean-Louis Bédouin, Robert Benayoun, André Breton, Adrien Dax, Guy Doumayrou, Jacqueline Duprey-Senard, Jean-Pierre Duprey, Jean Ferry, Georges Goldfayn, Jindrich Heisler, Adonis Kyrou, Jean Lambert, Gérard Legrand, Nora Mitrani, Benjamin Péret, Maurice Raphaël, Bernard Roger, Jean Schuster, Anne Seghers, Roland Sig, Toyen et Michel Zimbacca