B. La Révolution espagnole (1936-1939)

La présence en Espagne d’un mouvement syndical particulièrement combatif inspiré par les idées anarchistes avait très tôt attiré l’attention des libertaires français sur ce pays. Le plus souvent, c’était pour protester contre le sort réservé à leurs homologues espagnols victimes d’une répression impitoyable. Louis Lecoin avait été ainsi amené à prendre la défense d’un certain nombre d’entre eux réfugiés sur le territoire français, ce qui avait créé un climat de sympathie pour les militants ibériques. Aussi Le Libertaire ne pouvait-il pas manquer de suivre la Révolution espagnole avec le plus vif intérêt. Ses rédacteurs se montrent avant tout préoccupés des progrés et des réalisations de la C.N.T. qui joue effectivement un rôle important dans les événements.

A Barcelone, les ouvriers s’approprient spontanément les moyens de production et de transport et réorganisent l’industrie. En Catalogne, 70 % des entreprises sont touchées par les collectivisations. Dans les villages d’Aragon libérés par les milices, les anarcho-syndicalistes instaurent le communisme libertaire. Mais ce tableau idyllique de la Révolution espagnole masque les rivalités qui opposent les forces en présence dans le camp antifasciste. Les agents de Staline, en liaison avec les communistes espagnols, privent la République de ses meilleurs défenseurs en faisant la chasse aux anarchistes et aux trotskistes. Une fois que les organisations révolutionnaires seront définitivement écartés, il faudra bien se rendre à l’évidence : la Guerre d’Espagne n’était pas annonciatrice de lendemains meilleurs mais plutôt d’une nouvelle guerre mondiale.