2. La réunification du mouvement anarchiste français ?

Sébastien Faure, Louis Anderson, Georges Bastien, Lucien Haussard, Louis Lecoin, Pierre Le Meillour et Kléber Nadaud prennent dès le 11 février l’initiative de convoquer un congrès en vue de réaliser l’unité de tous les anarchistes. L’antifascisme doit servir à cimenter cette union. Le congrès se tient à Paris les 20 et 21 mai 1934. Le compte-rendu paru dans Le Libertaire du 1er juin 1934 nous renseigne sur le climat dans lequel s’est déroulée cette réunion. L’heure est aux concessions. Des militants plateformistes convaincus, à l’instar de Pierre Le Meillour, n’hésitent pas à tendre la main aux synthèsistes. L’effet produit par les manifestations du 6 février contribue grandement à apaiser les querelles. Achille Lausille avait quitté l’U.A.C.R. l’année précédente en désaccord avec les positions syndicales exprimées au congrès d’Orléans. Il nuance sa position et accepte de réintégrer les rangs de l’organisation. Au terme des débats, l’U.A.C.R. redevient l’Union anarchiste et de nombreux militants de l’Association des fédéralistes anarchistes, Sébastien Faure en tête, profitent de l’occasion pour réintégrer l’organisation. Selon Nicolas Faucier l’antifascisme ne constituait que le prétexte de ce rapprochement :

Pour les uns, il était dicté par les besoins de la propagande qui faiblissait et pour les autres, par le souci d’en finir avec une inactivité qui leur pesait. Il est vrai que parmi ces derniers, il en était qui pensaient, en reprenant leur collaboration, regagner peu à peu la place qu’ils avaient dû abandonner à la suite, prétendaient-ils, de leur éviction par une majorité sans consistance. C’est du reste ce qui ne tarda pas à se produire. Au bout de quelques mois, ils se retrouvaient pratiquement à la tête de l’organisation et à la rédaction du Libertaire où, insensiblement, leurs conceptions transparaissaient, mais plus nuancées et, de ce fait, mieux acceptées. [1]

Mais tout le monde ne trouve pas son compte à cette réconciliation générale. Des groupes de sensibilité plateformiste dénoncent le consensus et prennent congé de l’Union anarchiste pour créer la Fédération communiste libertaire (F.C.L.). [2] Cette scission fut de courte durée. En effet, dès 1936 les militants de la nouvelle organisation regagnent l’U.A. en se constituant en tendance. Malgré ce contretemps, l’unité des libertaires contre le fascisme fut une opération fructueuse pour l’U.A. et son organe de presse. A partir de décembre 1934, Le Libertaire reprend enfin sa périodicité hebdomadaire.

Dans la lutte contre le fascisme, le congrès se déclare opposé en principe au contact avec les partis politiques. Il admet toutefois la participation à des comités antifascistes locaux dans la mesure où les organisations syndicales en seront à l’origine [3]. Il ne fait qu’entériner un état de fait. En réalité, dans de nombreuses localités les anarchistes sont trop isolés pour agir efficacement, ils doivent donc se résigner à composer avec les communistes. La tactique du front unique de la classe ouvrière doit en outre permettre de réaliser l’unité syndicale.

[1] Nicolas Faucier, Dans la mêlée sociale. Itinéraire d’un anarcho-syndicaliste, op. cit., p. 97.

[2] La Fédération communiste libertaire s’exprime dans les colonne du journal La Clameur, « organe mensuel d’action sociale et antifasciste » qui paraît à Paris depuis 1932.

[3] Le Libertaire, n°418, 1er juin 1934.